Face à la forte demande en soins pendant la saison des pluies, le Conseil régional de Ouagadougou de l’Ordre des pharmaciens a renforcé le dispositif des gardes pharmaceutiques. Dans cet entretien, le Dr Patrick KAFANDO, rencontré mardi 28 juillet 2026, dans son officine à Benogo, dans l’arrondissement 10 de Ouaga, revient sur l’organisation des gardes, les critères de répartition, les difficultés rencontrées et les conseils aux populations pour un meilleur accès aux médicaments en cas d’urgence.
Tiiga info : Ouagadougou compte combien de pharmacies ?
Dr Patrick KAFANDO : La ville de Ouagadougou compte environ 250 pharmacies, ce qui représente plus de 60 % des pharmacies du pays. Et c’est autour de ces pharmacies que nous organisons la garde.
Tiiga info : Il y a combien de pharmacies de garde ?
Dr Patrick KAFANDO : Actuellement, au niveau du Conseil régional de Ouagadougou, nous avons travaillé à augmenter le nombre de pharmacie de garde, vu que nous amorçons une période très critique, qui est la même chaque année, ce que nous appelons la saison de l’hivernage, qui induit beaucoup de maux liés à de nombreux facteurs et entraînant une forte sollicitation des centres de santé. Nous avons essayé améliorer l’offre pharmaceutique pour les populations afin de réponde à la sollicitation. Nous sommes passés actuellement de 60 pharmacies à 120 pharmacies de garde les week-ends. 60 pharmacies sont de garde à partir du lundi jusqu’au vendredi. Dès le week-end, nous repassons à 120 pharmacies, dans le souci de permettre un meilleur maillage pendant les temps de garde et de rapprocher les pharmacies le plus possible des populations, en espérant pouvoir rapprocher encore plus le médicament des populations.

Tiiga info : Quels sont les critères retenus pour établir le calendrier des gardes ?
Dr Patrick KAFANDO : Je dirais que ce que nous recherchons à travers la garde, c’est de pouvoir assurer un maillage le plus efficace possible pour permettre aux populations un accès plus facile aux pharmacies lorsqu’elles sont dans le besoin.
Nous avons imaginé une organisation en quatre groupes depuis 2016 contre cinq groupes avant et chaque groupe assure la garde pendant une semaine. Ceci dans le souci de ne pas être dans le gaspillage, c’est-à-dire avoir toutes les officines de pharmacie ouvertes tout le temps au regard de la fréquentation qui est moindre les nuits car elle coïncide avec les moments où les populations sont les moins actives. Les populations vont moins en consultation et nous n’avons que des situations d’urgence à gérer. Donc, pour plus d’efficacité, nous avons imaginé cette organisation de la garde pour permettre que le juste nécessaire soit fonctionnel.
Nous avons fait de sorte que, lorsque nous arrivons dans chaque arrondissement, dans chaque secteur ou dans chaque quartier, à avoir une pharmacie de garde qui soit le plus souvent peu éloignée des populations et des centres de santé permet aux populations de pouvoir accéder à ces structures pour leurs besoins.
Tiiga info : Comment les populations peuvent-elles connaître les pharmacies de garde ?
Dr Patrick KAFANDO : Nous confectionnons des planches de pharmacies de garde. C’est la solution que nous avons pensée comme étant la plus simple. Mais je pense qu’il nous faut communiquer davantage pour que les populations puissent mieux comprendre. Sur ces planches figurent toutes les pharmacies d’un groupe donné qui est de garde. Nous l’accrochons devant les pharmacies, en prenant le soin d’indiquer, le plus souvent, les pharmacies les plus proches de la pharmacie où vous vous trouvez, de sorte que, lorsque vous arrivez, la première lecture concerne les pharmacies les plus proches.
Ensuite, lorsque vous n’obtenez pas gain de cause, vous pouvez vous rendre dans les pharmacies les plus éloignées.
L’autre élément qu’il faut savoir, c’est que la pharmacie peut être de garde sans que nous y trouvions ce que nous recherchons. Cela est souvent lié à d’autres situations, pas forcément dépendantes de la pharmacie. Toujours est-il que nous souhaiterions avoir tout ce que nous voulons au même endroit, mais ce n’est pas toujours évident.
Tiiga info : Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans l’organisation des gardes pharmaceutiques ?
Dr Patrick KAFANDO : Le maillage pharmaceutique que nous avons aujourd’hui est l’élément qui rend difficile la programmation des gardes. Le souci est de rapprocher les pharmacies des populations.
Nous avons hérité d’une situation. J’aime dire à ceux qui ont connu Ouagadougou il y a une trentaine d’années que tout était concentré au même endroit, que nous appelions à l’époque le centre-ville. Toutes les activités de la capitale s’y déroulaient, qu’il s’agisse des activités commerciales ou administratives et bien d’autres. Les officines y étaient également concentrées.
Il y a eu ensuite le développement de nouveaux quartiers. Nous avons essayé de faire suivre les pharmacies, mais comprenez bien que, lorsqu’on ne dispose pas d’un plan de développement de la ville bien établi, on positionne les pharmacies au fur et à mesure en essayant de suivre le développement de la ville. Mais malheureusement, le développement de la ville va beaucoup plus vite que l’implantation des pharmacies.
C’est ce qui fait que, dans la programmation des gardes, nous rencontrons des difficultés, parce qu’il existe des zones où il y a des déséquilibres et où les pharmacies se retrouvent éloignées des populations. On comprend bien que, lorsque les populations ont un besoin, celui-ci doit être satisfait immédiatement et ne devrait pas prendre du temps surtout lorsqu’il est question de santé.

Tiiga info : Quel rôle joue le Conseil régional dans le contrôle du respect des gardes et des règles déontologiques ?
Dr Patrick KAFANDO : Le contrôle des règles déontologiques, c’est vraiment notre mission phare : veiller à ce que les règles d’éthique et de moralité soient respectées par l’ensemble des pharmaciens et, partant de là, par l’ensemble des acteurs du secteurs, puisque les pharmaciens ont toujours d’autres acteurs qui ne sont pas soumis à la même déontologie.
Le pharmacien doit imposer un certain nombre de règles pour être sûr que nous mettons les populations en sécurité. Pour ce qui est de la garde, nous veillons à ce que les horaires d’ouverture et de fermeture soient respectés ainsi les heures de travail afin d’éviter qu’une pagaille ne s’installe.
On essaie d’avoir une certaine équité en rappelant aux uns et aux autres que, lorsque nous avons pris des engagements au sein d’une communauté de fonctionner dans un tel sens ou dans une telle direction, nous nous devons de les respecter. Je me réfère toujours à cette idée en disant que les règles sont faites pour être respectées. Lorsqu’on se réfère à notre serment de fin d’études, tout y est dit. Nous ne devrions donc pas nous permettre d’enfreindre ces règles.
Tiiga info : Quelles sanctions sont prévues lorsqu’une pharmacie ne respecte pas son tour de garde ?
Dr Patrick KAFANDO : Vous dire les sanctions prévues est difficile. Cela dépend du cas. Lorsque nous constatons des manquements à certaines règles, les personnes en cause reçoivent d’abord des rappels. Nous avons une profession avec ses règles. S’il y a un refus de respecter ces règles, nous avons prévu, au sein de la profession, des chambres de discipline. La personne sera traduite devant une chambre de discipline. C’est ce que nous appelons le jugement par les pairs. Les pairs apprécieront quel est le degré d’écart de comportement. Il existe toute une série de sanctions qui peuvent être prises. Je crois toutefois que nous arrivons, le plus souvent, à trouver une solution sans en arriver aux sanctions.
Tiiga info : On a constaté qu’il y a une pharmacie qui ne ferme jamais. Qu’est-ce qui justifie cela ?
Dr Patrick KAFANDO : Pour le cas que vous évoquez, ce sont des situations que nous connaissons. J’allais dire que ce sont des cas emblématiques qui ont toute une histoire. Si l’on se réfère à ce qui existait, Ouagadougou n’avait qu’un seul grand hôpital. Et ce grand hôpital disposait d’une seule pharmacie, qui était une pharmacie publique. Dans la dynamique du désengagement de l’État, avec tout ce qu’il y a comme activités, l’industrie, le commerce, au regard de ce que nous avons connu dans les années 90, la pharmacie en question s’est retrouvée dans le domaine du privé. Les règles de fonctionnement n’ont pas pu changer malgré les textes qui existent en la matière, et aussi, les modifier tout de suite aurait privé les populations de ce qui leur permet de se soigner. Quand on vient par exemple de Diapaga, de Kaya pour dire qu’on venait en évacuation sanitaire dans ce qui était un des rares hôpitaux de référence pour ne pas dire le grand hôpital de référence du pays et à l’arrivée savoir que la pharmacie est à la porte de l’hôpital donne de l’espoir. Et l’espoir participe aussi à soigner. On peut épiloguer très longtemps sur cette question. Même entre nous, pharmaciens, nous pouvons avoir des avis divergents. Mais c’est le service rendu à la population qui est le plus important, et c’est ce qui justifie que cette situation soit maintenue jusqu’à aujourd’hui.
Interview réalisée par Solomane NIKIEMA




