À Ouagadougou, fumer en public coûte 15 000 FCFA. Du moins, sur le papier. Car dans la réalité, la fumée continue de s’élever, libre, insolente, au-dessus des têtes.
Ces derniers mois, la police municipale a bien tenté de marquer les esprits, diffusant des vidéos de contrevenants sommés de s’acquitter l’ amende. Une pédagogie par l’exemple. Mais la question demeure : la mesure est-elle vraiment respectée ?
La capitale burkinabè semble respirer au rythme des cigarettes. Dans les débits de boissons, véritables sanctuaires des fumeurs, les tiges blanches se consument sans retenue. Entre effet de mode et illusion de plaisir, elles rongent lentement des vies déjà fragilisées. Et pourtant, les avertissements sont là, inscrits noir sur blanc sur les paquets. Mais qui prend encore le temps de lire ce qui dérange ?
Pendant ce temps, la lutte s’organise ailleurs. Des cartons entiers de cigarettes contrefaites sont saisis. Des milliers. Un travail de l’ombre, mené au péril de vies humaines dans un contexte sécuritaire tendu, où le danger circule aussi facilement que les marchandises illicites. À cela s’ajoute un mal bien connu : la corruption. Ici, une phrase suffit parfois à faire vaciller la loi : “Je paie, laisse-moi passer.” Et tout peut recommencer.
Mais revenons à une scène ordinaire. Un dimanche, dans un quartier populaire. Un jardin, censé offrir un peu de répit. Le soleil écrase tout sur son passage, rendant l’air presque irrespirable. Il est 13h. Nous sommes en avril 2026.
Le lieu se veut calme, dépouillé de tout artifice. Juste un coin pour cogiter, lire, respirer, exister : une illusion de courte durée.
À quelques mètres, trois jeunes imposent leur présence. Musique à fond, rires bruyants, bières qui s’enchaînent. Le calme cède. Le savoir-vivre aussi. Comme si l’espace commun n’existait plus, comme si l’autre n’avait plus d’importance. Être à l’aise semble suffire, quitte à étouffer la tranquillité des autres.
Et puis, il y a les “koro”. Assis non loin, imperturbables. A leur entendre, on sent qu’ils ont fait les bancs comme on le dit chez nous. Le niveau du français est loin de » toi à venir là-bas, moi à partir ici « . Ils allument leurs cigarettes sans même un regard pour les affiches pourtant bien visibles : interdit de fumer. Je vous le répète, ils savent bien et belle lire. Ils sont trois. La conugaison de leurs efforts envahit l’espace. Une violence silencieuse, mais bien réelle.
Alors, entre ces jeunes bruyants et ces aînés indifférents, une question s’impose : qui, aujourd’hui, incarne encore le sens du respect ?
Peut-être que le vrai problème est ailleurs. Peut-être que ce n’est ni une question d’âge, ni une question de génération. Mais simplement un abandon progressif de ce qui nous relie : le savoir-vivre.
Chronique du lundi 20 avril 2026, par Solomane NIKIEMA/ Tiiga info




