À l’université, elles sont nombreuses à suivre les cours avec un enfant dans les bras. Faute de structures d’accueil et de mesures adaptées, ces étudiantes mères avancent dans l’ombre.
Le parcours d’Aïssata révèle une réalité silencieuse pour certaines jeunes femmes, poursuivre des études après un accouchement relève de l’endurance plus que du choix.
À 4heures du matin, avant même que le campus ne s’anime, Aïssata est déjà debout. Elle prépare son enfant, rassemble ses cahiers, vérifie une dernière fois son sac. Puis elle prend la route de l’université, avec ce mélange de détermination et d’inquiétude qui accompagne ses journées depuis la naissance de son bébé.
« J’ai décidé de continuer parce que j’aime les études. Je veux construire mon avenir et celui de mon enfant », confie-t-elle simplement.
Étudier avec un enfant, une organisation précaire
Depuis son accouchement, la jeune étudiante compose avec une réalité que peu d’institutions ont anticipée. Assister aux cours suppose d’abord de trouver quelqu’un pour garder le bébé pendant quelques heures un proche, une amie, parfois une camarade.
« Quand je suis en cours, quelqu’un reste souvent dehors avec lui. Après, on rentre ensemble pour continuer la journée », explique-t-elle.
Mais cet équilibre reste fragile. Une absence imprévue, une maladie de l’enfant ou un simple imprévu suffisent à compromettre sa présence en classe.
Pendant la saison des pluies, les contraintes deviennent physiques déplacements difficiles, froid, risques pour la santé du nourrisson.
Des obstacles institutionnels
Au-delà des difficultés matérielles, Aïssata se heurte parfois à une barrière plus difficile à franchir celle de l’accès même aux salles de cours.
Certains enseignants refusent sa présence lorsqu’elle est accompagnée de son enfant, craignant des perturbations.
« On me dit que l’enfant va déranger. Parfois je dois repartir sans suivre le cours », dit-elle.
Ces situations, rarement signalées officiellement, illustrent l’absence de dispositifs adaptés aux étudiantes mères.
Le regard des camarades
Pour Mariam, étudiante dans la même filière, la situation interroge.
« Elle fait beaucoup d’efforts pour être là. Quand elle manque un cours, ce n’est jamais par négligence», dit-elle.
Adama, un autre étudiant, évoque une solidarité spontanée entre camarades.
« On essaie de lui prêter nos notes, de l’aider quand elle doit sortir. Mais ce n’est pas suffisant », confie -t-il.
Le soutien familial, mais des moyens limités
La famille d’Aïssata n’a pas entravé son choix de poursuivre ses études. Elle a même encouragé sa détermination, malgré des ressources modestes.
« Ils m’ont soutenue moralement. Mais les difficultés matérielles restent », reconnaît-elle.
Entre études et projet d’avenir
Au-delà de la réussite académique, la jeune femme nourrit une ambition entrepreneuriale.
Passionnée par la coiffure, elle envisage d’en faire une activité génératrice de revenus.
« Si j’ai l’opportunité, je veux développer ce projet », a-t-elle déclaré.
Un espoir qui traduit la volonté de sécuriser son avenir et celui de son enfant.
Une réalité partagée mais peu visible
Selon des acteurs associatifs étudiants, plusieurs jeunes femmes vivent des situations similaires. En l’absence de garderies universitaires ou d’accompagnement spécifique, certaines finissent par abandonner leurs études.
Aïssata, elle, refuse cette issue.
Persévérer malgré tout
À la fin de la journée, lorsqu’elle quitte le campus, son enfant endormi contre elle, la fatigue est visible. Mais la détermination demeure intacte.
« J’aime les études. C’est ce qui me donne la force de continuer », dit-elle.
Son parcours met en lumière une question encore peu prise en compte.
Comment permettre aux jeunes mères de poursuivre leur formation sans avoir à choisir entre maternité et éducation ?
Dans les amphithéâtres où elles peinent parfois à trouver leur place, ces étudiantes mères poursuivent un combat discret celui du droit de ne pas renoncer.
Carine Daramkoum
Tiiga Infos




